DAY'S NIGHT (2005)
de Catherine Corringer.
Avec Catherine Corringer, Hervina, Ysé. Image : Cathy Royer / Yves Paris. Création sonore : Core Dump. Montage Catherine Corringer
durée : 20 min
SYNOPSIS
Day’s Night est ce qu’on pourrait appeler un « film performance ».
Ancré dans un univers sado-masochiste particulier, il explore quelques fantasmes enfantins et archaïques tels que l’interrogation sur la sexuation, le corps, le jeu avec la nourriture, l’urologie ou encore le mythe de la dévoration.
Day’s Night is a « performance movie ».
It explores some infantile archaic fantasy through the question of gender, the exploration of the body, playing with food, urology and the myth of devouring..
FESTIVALS
Festival Paris Tout-Court (compétition) Festival Côté Court (compétition expérimental)
Festival International des Films de Femmes de Créteil Festival Luff (Lausanne)
Festival Courts mais Trash (Suisse) Festival Queer, le Peuple Qui Manque (l’entrepôt Paris)
- Le Festival des Films de Femmes de Créteil a organisé le 20 mars 2008, une séance consacrée À Day's Night, In Between et This Is The Girl, en présence de C Millet.
- La première édition du Paris Porn Film Festival a organisé une séance sur les trois films le 11 octobre 2008 au cinéma Le Brady à Paris
- Le Festival coté Court à Pantin a organisé en juin 2010, dans le cadre de "Coté Corps", une rétrospective de mon travail en deux séance :
le 11 juin 2010 : Les 3 Catherine, projection de Day's Night, In Between et This Is The Girl, avec la participation de Catherine Millet et de Catherine Robbe-Grillet
le 16 juin 2010 : "Scum / Performance", performance live et projection de " Smooth".
IN BETWEEN (2006)
Avec Catherine Corringer, Hervina, Ysé. Image : Cathy Royer/Yves Paris. Création sonore : Core Dump. Montage Catherine Corringer
durée : 26 min
Intégrant des plans « performance » dans un univers sado-masochiste fantastique et irréel, « In Between » est un film radical, explorant, dans la laine et le sang, la place érotisée, la présence « électrique » de l’entre-deux :
Entre l’assise et le couché, entre la femme et l’homme, entre l’ordre donné et son exécution, entre cruauté et innocence, à genoux, un corps féminin lacère, mord, joue et jouit.
There are in “In Between” extreme performance scenes in a fantastic world of sado-masochism, in which limits are reached with blood and wool.
Between sitting up and lying down, between man and woman, between an order given and being carried out, between cruelty and innocence, a female body bites, pricks, plays, tortures, slashes and savours.
Festival des Films Gay et Lesbiens de Paris Festival Emmetrop Bourges.
- Le Festival des Films de Femmes de Créteil a organisé le 20 mars 2008 une séance consacrée à Day's Night, In Between et This Is The Girl, en présence de C Millet.
THIS IS THE GIRL (2007)
Avec Flozif, Hervina, Catherine Corringer. Image : Cathy Royer. Création sonore : Mikael Plunian. Montage : Catherine Corringer. Assistant à la réalisation : Philippe Bleton
durée : 17 min
« This Is The Girl » est un film queer érotique et fantastique, mettant en scène une « sex heroïne boxer », sa « rocky coach », et un homme transformé en sex toy.
Le film explore la puissance sexuelle de la femme, à travers la masturbation, les jeux érotiques et l’éjaculation féminine.
" This Is The Girl " is a queer movie, erotic and fantastic, which brings to the screen a boxing sex heroine, her "rocky coach" and a man turned sex toy. It's a film that explores female sexual potency through masturbation, erotic games and female ejaculation.
Festival Frameline San Francisco - Festival Mix Brasil Sao Paolo - Festival Image+Nation Montréal - Festival Pink Screens Bruxelles
Porn Film Festival (compétition) Berlin - Festival des Films Gays et Lesbiens de Paris - Festival des Cinémas Différents de Paris
Festival Queer de Londres - Tec Festival Rome - Festival « Inside Out » de Toronto - Festival Côté court de Pantin (compétition expérimental)
Mix New York - Queer Festival de Lisbone - Perv Film Festival de Sydney Australie
- Le Festival des Films de Femmes de Créteil a organisé le 20 mars 2008, lors de son 30ème anniversaire, une séance consacrée aux trois films Day's Night, in Between et This Is The Girl, en présence de Catherine Millet.
- La première édition du Paris Porn Film Festival a organisé une séance avec les trois films le 11 octobre 2008 au cinéma Le Brady à Paris
- Le Festival Coté Court à Pantin a organisé en juin 2010, dans le cadre de "Coté Corps", une rétrospective de mon travail en deux séance :
SMOOTH (2009)
de Catherine Corringer
Avec Axel Andrew, Catherine Corringer. Image vidéo et lumière : Emmanuel Valette.
image Super 8 : Laurence Rebouillon. Création sonore : Laurent La Torpille.
Montage : Catherine Corringer. Assistant à la réalisation : Philippe Bleton.
Durée : 23, 45 min
A l’origine, il y a deux corps : l’'un, vêtu, en mouvement, nerveux, en guerre, peut-être de sexe féminin, l’'autre, nu, lascif, ouvert, presque immobile, sans doute de sexe masculin.
Filmé à la fois en vidéo et en Super 8 noir et blanc, « Smooth » est un voyage dans et sur les corps, il réinvente autrement, littéralement, la naissance et la sexuation.
Shot both in super 8 and in video, Smooth is an erotic, fantastic voyage through the womb, through the body, in the world that exists before the assigning of gender
-Festival des Films de Femmes de Créteil Mars 2009 . Compétition -Festival Côté Court 2009. Pantin. Juin 2009. Compétition Expérimental
-Hybrid Film Fest - Souterrain V sept - oct 09 - Luff Festival Lausane Compétition Oct 09
-Image+Nation - Montréal - Oct 09 - Mix Brazil -Sao Paulo- nov 09
- Festival des Films Gay et Lesbien de Paris Nov 09 -Festival "Les inattendus" Lyon Janvier 2010
- PRIX DU PORN FILM FESTIVAL DE BERLIN oct 2009
Chronic'art N° 49 LE MUTANT DU MOIS
Next-gen, post-humain, c’est le mutant du mois.
Et si le futur, c’était elle ?
Ruwen Ogien dit d’elle : « A la suite de Judith Butler, les philosophes parlent de « trouble dans le genre » pour désigner cette zone incertaine où on ne sait plus si on est passé d’un genre à l’autre ou si on est allé au-delà de tout genre, si ce qu’on fait relève d’une sexualité minoritaire ou n’a plus rien à voir avec la sexualité. Mais ils ont tendance à ne pas voir que ce trouble peut être drôle, fascinant, excitant. Ils ont aussi tendance à penser que ce trouble peut être mis en concept, expliqué dans un discours argumenté. C’est une erreur je crois. Le trouble dans le genre fait partie de ces choses qui ne peuvent être « dites » mais seulement « montrées », pour reprendre les mots de Wittgenstein. Et Catherine Corringer est l’une des rares artistes qui parviennent à montrer le trouble dans le genre ».
C’est en effet ce qui transpire des trois courts-métrages (le quatrième, Smooth, est au montage), Day’s Night, In Between et This Is The Girl, réalisés par Catherine Corringer entre 2005 et 2007 ; ce qu’ils montrent, présentent, donnent à voir sans autre forme de discours que celui de sensations brutes et primaires, d’images rarement vues ailleurs...
Un théâtre d’objets érotiques
Lever le voile de ses fantasmes sadomasochismes les plus intimes quand on est une femme est une provocation.
Exposer par l’image, au public, les mises en scène de ces fantasmes et témoigner de son monde secret où ces obsessions sont agencées en autant de dispositif ritualisés, est une démarche exhibitionniste.
Chez Catherine Corringer il y a provocation, il y a exhibitionnisme et aussi désir d’aller aux limites des relations de chair, aux corps de l’autre, qu’il soit homme ou femme, au même, c’est à dire à soi.
Dans la lignée des grandes performeuses, Gina Pane ou Marina Abramovic, qui se sont inscrites dans des expériences d’art corporel extrême (le body art de Gina Pane consistait à se mettre en danger dans des performances vécues aux limites des capacités du corps, la souffrance étant alors le vecteur fondamental), elle avance nue et à visage découvert pour nous inviter dans son sanctuaire à refaire le chemin de la mise au monde, par la jouissance. (...)
LE MUTANT DU MOIS par Peggy Sastre (suite)
(...) Du sang dont on sentirait presque la saveur métallique sur la langue, du sexe, puissant, et de la matière – le tout ancré dans un univers queer et fétichiste. Mais pas que : les images de Corringer renvoient à des universalités premières que sont la peau, le goût, la douleur ou la jouissance, engouffrées dans des bandes-son amniotiques et saturées qui offrent aux visuels un cocon synthétique des plus magistraux.
Venue d’un théâtre dont elle s’est éloignée parce qu’elle en avait « assez des contraintes institutionnelles », Catherine Corringer construit aujourd’hui des films performatifs extrêmement singuliers, dont il est assez difficile de ressortir indemne. Assurément mutants.
CONNEXIONS
LUn théâtre d'’objets érotiques (suite)
Frictions, répétitions inlassables de gestes au bord de l’'obscène et de la pornographie, manipulations d’'objets érotiques, scarifications, bondage des corps et des sexes, sécrétions : les univers choisis sont mis en image de manière fascinante et contemplative à la recherche du plaisir et de l'énergie vitale qu'ils contiennent.
Il s’'agit-là de sexe et aussi d’émotion esthétique, d’'émoi existentiel.
Pour vivre, aimer et partager il faut exister soi-même, naître et se mettre ou se remettre au monde.
La mise en scène des corps, le jeu des personnages, le cadrage à l’image des postures, des gestes les plus intimes, construisent une fresque érotique personnelle, troublante et forte.
Son cinéma sensuel se construit ainsi, de manière expérimentale, à travers chaque « épisode », créant, inventant, explorant de manière créative l’'art des désirs au féminin, un art charnel.
Jackie Buet , directrice du Festival International des Films de Femmes de Créteil
pour la séance consacrée à "Day's Night", "In Between" et "This is the girl", intitulée "CORPS-LIMITE" présentée au Festival International des Films de Femmes de Créteil en mars 2008 avec la complicité de Catherine Millet, écrivain, directrice d'Artpress
L""Le cinéma dans les mains " par Violeta Salvatierra pour la revue « Etoilements »
C'est d'abord l'extrême grâce des mains, presque bressonnienne, qui guide mon il tout en le dénudant à travers le film. Quelque chose dans l'agir dépouillé, les trajets limpides, la densité des formes et des contacts qu'elles déploient, en font, à mes yeux, le noyau perceptif, le moteur pensant et performatif du film.
Des mains, plutôt que des visages. Des discours articulés par le tactile, toute parole évacuée. Des mains qui glissent, palpent, malaxent, mais qui n'empaument pas, ne cherchent pas à saisir, à brandir ou à désigner des espaces vectoriels. Des mains qui nouent, dénouent, plongent, submergent et vident des poches de tissu vivant, des cavités poreuses et élastiques : des fragments tièdes et calmes d'un corps en état d'absence, se laissant faire et défaire, transformé en lieu de partage, de construction du sensible fondé sur le toucher et l'enveloppe.
Les peaux sont multiples et elles ne cessent d'ouvrir de nouveaux modes d'accès imaginaire à soi et à l'autre. Un uniforme militaire, des fermetures à éclair, du scotch autour d'une scarification ou d'une appendice, des rangées de coton sur une table en verre transparent, des tatouages, une sonde qui circule dans les plis des vêtements, dans les perforations et trouées ... Sculptées par le faire des mains, elles participent d'une démultiplication du cadre cinématographique, elles produisent des gouffres de hors champ à l'intérieur même de l'image : deux cuisses imberbes, deux fesses écartées encadrent un orifice qui s'évase, se dilate et s'ouvre pour laisser s'y loger (ou s'en dévaginer) d'autres corps et objets, des nouveaux contenants, dessinant un cadre (à la fois cadre et membrane) à l'intérieur du cadre : une mise en abîme qui renvoie au spectateur la dynamique tactile de son propre regard.
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Un cinéma assumé comme technique du corps et un corps compris comme dispositif cinématographique. C'est aussi l'objectif d'une caméra greffée aux vêtements de la cinéaste-performeuse qui caresse ses bords métalliques du bout des doigts, comme s'il était doté d'une capacité sensitive, érectile... La caméra, est-elle une prothèse sexuelle ? Le corps, est-il une machine cinématographique ? Smooth travaille ces définitions, ces frontières, mettant au centre toute la puissance de la performance en tant que lieu autonome d'énonciation, de déplacement de lignes identitaires, d'invention de possibles. Sa force est dans la conscience pleine des toiles symboliques dont elle se saisit pour mieux en jouer.
Ces toiles, ces agencements du pouvoir, la cinéaste les pose au centre de l'expérience perceptive : elle les sait à loeuvre dans toute pratique corporelle comme dans tout dispositif de production de représentations du corps (dont le cinéma). Mais, peut-on faire vraiment la distinction entre ces deux champs ?
Si la dimension sexuelle est quelque part suggérée, elle est aussi mise à mal par la construction même du film, des corps et des pratiques qu'on nous donne à partager. Les frontières entre les genres (jusqu'à leur inscription anatomique et médicale dans les corps, selon la norme binaire dominante), ainsi que les actions filmées, ne répondent pas aux codes, protocoles ou chorégraphies dont la réitération performative généralisée a institué dans nos sociétés la signification et la valeur. Nous participons ici à des usages du corps qui brouillent ces distinctions, complexifient leurs limites, osent aborder une véritable micropolitique des sensations : ce n'est pas seulement l'identité homme et femme, la sexualité hétérosexuelle, homosexuelle ou autre (appartenant aux territoires d'un régime disciplinaire qui n'ayant pas disparu, se trouve aujourd'hui dépassé, transformé par d'autres ordres biopolitiques), mais ce sont aussi la définition, la segmentation et la régulation fines des cartographies des corps, des modes de toucher, des modes de plaisir, des modes de soin et plus largement des rapports sensoriels à l'autre, qui sont profondément troublées.
Ainsi, un imaginaire de l'indéterminé, de l'insolite, de la magie presque, ou du conte, s'ouvre à nous à travers des vaisseaux lactifères, des canaux plastiques, des pénis dévertébrés, des pliures inidentifiables, des scarifications, des gaines extensibles et des enveloppes scrotales extrêmement malléables... Cette accumulation de peaux aux textures multiples, explorées et travaillées par les mains, construit un corps (des corps) décentralisé, où les liquides et les matières naviguent, circulent, s'éploient, coulent, regorgent de conduits périphériques et d'obscurs foyers, dont l'appartenance à l'humain ou au machinique (au vivant ou au mort) n'est pas exclusive.
C'est cette activité hautement délicate, entre érotique et fantastique, entre cérémonie et jeu, qui est orchestrée par les mains de Catherine Corringer et donnée à voir sur le corps paisible, presque atonique, du performeur. Du travail invisible de ses membranes chaudes et de ses poches humides, les mains blanches et expertes de la cinéaste-performeuse font naître d'étranges objets chargés de valeurs texturales et symboliques : une bouteille en plastique transparent remplie d'un fluide visqueux et laiteux et plus tard, un tissu vaporeux, d'une blancheur éclatante, qui vient éclore dans le creux de ses mains.
L'écriture du film juxtapose des plans silencieux et relativement stables, liés à cette superbe mise en scène centrale, et d'autres délibérement agités, aux cadres mobiles et éclatés dans le montage, aux hybridations musicales et visuelles (pellicule Super 8 confiée à la cinéaste Laurence Rebouillon - et vidéo numérique n&b et couleur, etc ... ) . Une forme de récit singulière s'y constitue, teintée de diverses traditions cinématographiques, littéraires, vidéographiques et performatives, pour se clôre (ou plutôt, se suspendre, sur un arrêt d'image) sur la danse solitaire, jubilatoire de la performeuse, torse nu et jupe fleurie, emportée dans des sauts joyeux et de plus en plus puissants.
Violeta Salvatierra, pour la revue "Etoilements"
LES FILMS
LES EQUIPES
LES SYNOPSIS
LES FESTIVALS Où ILS ONT ÉTÉ PROJETÉS
SSCuSCUM / PERFORMANCE
catherine corringer / réalisatrice
DAY'S NIGHT (2005) vidéo 20 min
IN BETWEEN (2006) vidéo 26 min
THIS IS THE GIRL (2007) vidéo 17 min
SMOOTH (2009) super 8 et vidéo 23 min
catherine corringer /performeuse
SCUM / PERFORMANCE (2010)
Performance live sur et avec le texte féministe culte de Valérie Solanas : SCUM MANIFESTO .
LE SANG DES REVES (d'après "sang et stupre au lycée", de Kathy Acker)
mise en scène Patricia Allio
à la fondation Cartier, à la grande Halle de la villette à Paris, au festival des amériques à Montréal, au Théatre National de Bretagne en 2007.
Des extraits ont été donné à l'exposition "La force de l'art".
catherine corringer / actrice
LE TARTUFFE, de Molière, à la Comédie Française. Marcel Bozonnet. 2005-2006
PELLEAS ET MELISANDE, de Maeterlinck au TGP, Saint-Denis. Alain Ollivier. 2004
LA SONATE DES SPECTRES, de Strindberg, au TGP, D Jeanneteau et MC Soma. 2003
......
Performance live de Catherine Corringer.
D'après et avec le texte féministe culte de Valérie Solanas : SCUM MANIFESTO (1967)
Avec Catherine Corringer. Assistant à la mise en scène : Philippe Bleton. Lumière : Emmanuel Valette. Création des poupées : Georges Gottlieb
Création latex : Isabelle Corringer. Aide pour l'interprétation du texte : Clotilde Ramondou.
LIEUX OU SCUM / PERFORMANCE a été donné :
Création le 17 et le 18 décembre 20O9 à Paris (lieu privé)
CLUB HAUTEVILLE - Paris. Le 20 mars 2010
FESTIVAL COTÉ COURT PANTIN . Le 16 juin 2010
FESTIVAL INTERNATIONAL DES FILMS DE FEMMES DE CRETEIL
SCUM/PERFORMANCE, suivie de MUTANTES, de Virginie Despentes.
SAMEDI 2 AVRIL 2011 à 20H30
http://www.filmsdefemmes.com/
Avec ses trois premiers films, Days Night, In Between, This is the Girl, tournés dans une sorte d'urgence entre 2005-2007, Catherine Corringer s'est imposée comme l'une des plus audacieuses et des plus originales de nos actrices- réalisatrices.
Ses films sont admirés dans les festivals gays-lesbiens-transgenre et par ceux qui connaissent la scène fétichiste, mais pas seulement. Car il y a quelque chose en eux qui résiste à toute classification.
À la suite de Judith Butler, les philosophes parlent de « trouble dans le genre » pour désigner cette zone incertaine où on ne sait plus si on est passé d'un genre à l'autre ou si est allé au-delà de tout genre, si ce qu'on fait relève d'une sexualité minoritaire ou n'a plus rien à voir avec la sexualité.
Dans ses premiers films, Catherine Corringer, montre le trouble dans le genre sexuel comme personne ne l'avait fait auparavant, en jetant aussi le trouble dans les genres esthétiques.
Quand on les voit, on ne sait jamais si on est dans la performance ou le simulacre, le fantastique ou le pornographique, le naïf ou le parodique, le gore ou l'histoire de vampires, le surréaliste ou le mélodramatique, l'ironique ou le franchement comique, le beau ou le kitsch, le manifeste « queer » ou le conte pour enfants innocents.
Ses films contiennent toutes sortes d'images SM ou fétichistes, mais jamais aucun cliché. On renonce vite à deviner la suite, ce qui est déroutant, étant donné le caractère incroyablement pauvre ou répétitif des scénarios sexuels courants. On pourrait dire que, dans ses premiers films, Catherine Corringer invente le suspense sexuel. Il y a quelque chose de mystérieux dans cette façon qu'elle a de déjouer toutes nos attentes.
Chacun des films de Catherine Corringer peut se voir de façon indépendante bien sûr. Mais il est passionnant de les regarder dans l'ordre de leur réalisation. On peut suivre alors une sorte de progression dans la dissolution des frontières de genre et dans la préparation mentale à toutes sortes d'utopies corporelles.
Dans Smooth, son quatrième court, primé en 2009 au Porn Film Festival de Berlin, Catherine Corringer crée des formes de naissance sans progéniture ni organes fonctionnels clairement sexués. Les parties des corps (anus, mains, testicules, etc.) et leurs sécrétions sont confondues. On ne distingue pas les fluides naturels et artificiels. On ne sait pas dans quel trou on entre, et de quel trou on sort.
Catherine Corringer nous dit que l'affirmation de Spinoza « Nul ne sait ce que peut un corps » est le point de départ de son oeuvre. Dans Smooth, elle nous montre que l'énigme restera longtemps avec nous.
SCUM / PERFORMANCE
Dans Scum/Performance, Catherine Corringer passe du film au « live art », en brouillant finalement toute différence entre les deux. Son corps lui-même, et son ombre projetée sur une surface sombre, servent à la fois de matériau, de scène et décran, dans une cérémonie secrète réservée à quelques initiés, dont elle est la magnifique prêtresse.
Avec la même lenteur liturgique, la même gravité solennelle, la même rigueur dans les gestes que si elle se couvrait de vêtements de messe, elle serre des cordages sexuels sur son visage et ses jambes, assure des aiguilles douloureuses sur son ventre et ses seins, installe des poupées d'enfant effrayantes, assez lourdes pour déchirer sa peau. Puis, comme un chaman, elle rentre dans une transe qui la fait voyager loin de nous, et revenir après avoir vaincu on ne sait quel monstre, dans un combat dont elle porte les stigmates. Elle retire tout ensuite, non pour revenir à une nudité simple et humaine, mais pour dévoiler qu'elle est une mutante comme nous le sommes tous devenus.
Cette performance physique et mentale qui nous laisse muets, sidérés, est une sorte de culte rendu à un texte culte, mais où rien n'est sacré.
Ce texte, c'est le Scum Manifesto de Valérie Solanas. Écrit en 1967 dans la rage, il est dit, par Catherine, d'une voix de Jedi inhumaine ou post humaine. Les mots sortent, non pas de sa bouche peinte, mais du corps d'un ordinateur, prolongement d'elle-même, dans un débit rapide, mécanique, haché de rires fous, ce qui nous change, heureusement, des lectures pompeuses traditionnelles (il y en a eu pas mal).
Valérie Solanas annonce la fin de l'homme, du mâle d'abord, bien sûr, genre particulièrement grotesque et auto-destructeur, et de la femme, ensuite, dont l'existence est aussi inutile et injustifiée.
Son manifeste est une manifestation d'impatience devant la lenteur du processus. Il est donc naturellement accompagné d'un ensemble de conseils pratiques pour le faire advenir au plus vite. Crimes, grève générale, et, ce qui est complètement nouveau et terriblement actuel, appel à la transformation biologique de l'espèce.
Valérie Solanas écrit à coups de marteau, comme une « Nietzsche Girl », dit Avital Ronell dans une préface extraordinairement brillante à la réédition du texte en 2004. J'aurais dit plutôt comme une « Nietzsche Butch » pas « girly » du tout, dont l'énorme moustache serait un postiche (ce qu'elle était peut-être).
Le texte est dit dans la vitesse, l'excès, la folie. La performance de Catherine Corringer est dans la lenteur, la prudence des gestes, la retenue. La beauté naît, entre autres, du contraste.
RUWEN OGIEN